Les élections européennes du 7 juin fussent une lourde défaite pour le PS ainsi que toute la social- démocratie. Pourtant, à la vue et au su du mandat du Parti Populaire Européen (PPE) votant les pires régressions contre les acquis sociaux des salariés, contre nos services publics, nos protections sociales solidaires et collectives.
Le Parti Socialiste Européen (PSE) avait tout un boulevard devant lui pour gagner la majorité des sièges au PPE alors même que la crise du capitalisme et du néolibéralisme venait de prouver une énième fois que le besoin de collectivisation des risques, de solidarités citoyennes, de subordination du marché et de la finance à la démocratie, d'égalité des droits, de justice sociale étaient portés par des millions de salarié(e)s, notamment dans les mobilisations à travers toute l'Europe.
Il y a eu, certes, l'élaboration d'un programme commun du PSE, réunissant les 27 partis socialistes et sociaux-démocrates d'Europe, du nom de « Manifesto ». Il faut le reconnaître, c'est une première et ce ne devait pas être un chantier évident. Ça c'est la forme. Car dans le fond le Manifesto pouvait être amendé par d'autres propositions selon les particularités nationales. Ce qui fut fait par le PS français. Mais alors pourquoi la mayonnaise n'a-t-elle pas pris ? Pourquoi cette lourde défaite de ceux qui ont élaboré le Manifesto ? Pourquoi le Manifesto n'a-t-il pas eu les faveurs des salariés ?
Une partie des réponses se trouvent dans les positionnements et les attitudes contradictoires du PSE face au PPE. En effet, depuis quelques années le PSE a une attitude collaboratrice avec le PPE, en même temps qu'il démontre qu'il est en contradiction avec sa propre idéologie, gagnée par les idées du néolibéralisme. Pour ne citer que quelques exemples compréhensibles, la majorité des directives, à l'initiative de la commission européenne et des chefs d'états qui détiennent les réels pouvoirs législatifs, contre les acquis sociaux, les salariés, détruisant nos services publics, nos protections sociales collectives et solidaires, ont été votées par le PSE. Les confusions de positionnement et d'attitude ne font pas recettes.
Le vote de la directive allongeant la durée du travail hebdomadaire maximum de 48 à 65 heures, le vote du 3ème paquet sur la libéralisation de l'énergie, sur le démantèlement des services publics de La Poste, et, plus grave, le vote du TCE puis du TME, au parlement européen par le PSE ne peuvent que prouver la tête à queue idéologique et le discrédit du PSE parmi les salarié(e)s européen(ne)s.
Dans ces conditions, quelle bonne raison peut-elle pousser à voter pour des partis sociaux-démocrates et socialistes qui ne défendent plus les intérêts des salarié(e)s, mais bien au contraire collaborent avec celles et ceux qui sont obnubilés à vouloir subordonner ces mêmes salarié(e)s aux lois des marchés, à l'origine de la crise sans précédent. Dans le même sens, comment défendre le « Manifesto » qui se réfère toujours au défunt TME en dépit du non Irlandais et qui se veut être plus social, alors que les perspectives offertes par le TME vont à l'encontre d'une Europe sociale, démocratique et citoyenne. La contradiction est saisissante.
Notre génération est le témoin triste des défaites successives des partis socialistes et sociaux-démocrates, hélas gagné par des idées néolibérales qui sont certainements à l'origine de leurs discrédits aux yeux des salarié(e)s. Le temps est venu pour nous d'affirmer les frontières qui nous séparent de la droite et du néolibéralisme. En effet, défaite a encore une fois prouvée que notre instabilité idéologique et l'éparpillement de la gauche nous ont pénalisés. Alors, il nous appartient, parti majoritaire de la gauche, d'organiser la réalisation d'un véritable programme commun avec toute la gauche et les verts avec lesquels nous avons une compatibilité idéologique et un intérêt commun. Un programme résolument à gauche tourné vers notre base sociale et électorale : les salarié(e)s.
Pour conclure, il est de bon temps de rappeler qu'à chaque fois que nous avons failli à notre rôle et mission de défendre les salarié(e)sn nous l'avons payé au prix de lourdes défaites. Ainsi, la forte abstention et/ou le fonctionnement du PS avec ses sensibilités et courants ne peuvent être un argument valable pour expliquer notre défaite. Car la forte abstention, même si les voix de gauche sont majoritaires, a une cause. C'est bien notre incapacité à rassembler la gauche autour d'un programme commun condensé, pour une Europe des 35 heures, du Smic par le haut, de la protection sociale collective et solidaire, pour une Europe démocratique, sociale et citoyenne… Car ce sont ces thèmes qui accrochent les citoyens. L'histoire et l'actualité passées sont là pour le prouver. En 1982, grâce à la retraite à 60 ans, aux 39 h, en 1997 avec les 35 heures, en 2004 avec les 35 heures et le Smic européen c'est notre parti socialiste avec l'ensemble de la gauche qui ont été gagnants.
Tunjaï CILGI
AF MJS-64 |